Ia orana ami lecteur !
La mission au CRIOBE terminée et après un transfert sur Tahiti pour profiter d'une douce soirée d'octobre sur les hauteurs de Papeete (Merci Pierre et Barbara !!!), me voici en direction d'un des atolls les plus étendus de l'archipel des Tuamotus : Fakarava.
Autant les deux premières semaines j'étais là pour bosser dans un centre de recherche, autant là, je ne suis pas venu pour rigoler : j'ai pris quelques jours de plus pour simplement profiter de la vie polynésienne (enfin, celle offerte aux touristes) et découvrir une autre île.
Les Tuamotus sont un ensemble d'îles qui datent d’environ 75 millions d’années et s’étalent sur une surface équivalente à celle de l'Europe.
Ces 800.000 Km² sont sont principalement de l’eau, puisque la surface émergée représente pour tout l'archipel 900 km² (et pour Fakarava : 16 km²). Assez avec les données chiffrées, place à des choses moins rébarbatives (quoique...) :
Fakarava vu du ciel offre un spectacle magnifique (pour qui aime le bleu, bien sûr) : en forme d'un O majuscule de 60 kms de long sur 25 kms de large (mais un O en morse, car la mer y a creusé des entailles plus ou moins larges et profondes), il est entouré de l'océan aux eaux bleu-noires qui viennent se briser en violentes vagues, sur le platier en corail.
A l'intérieur, le lagon aux eaux turquoises est plus paisible et offre quelques plages de sable plus ou moins fin. La séparation entre les deux, (sur- ?) peuplée de quelques 700 habitants, est assurée par une bande de terre - ou plutôt de sable corallien - parsemée de palmiers, qui ne doit pas dépasser 800 mètres de large et dont la hauteur dépend de l'âge des cocotiers.
Seul petit bémol : le ciel gris rend les couleurs moins éclatantes.
Le vent, accompagné des épais nuages, lève des vagues irrégulières. Ainsi, par endroit on ne distingue plus le lagon de l'océan !
Alors que les nuages s’épandent en petites gouttes éparses, les bagages à peine déposés à l'hôtel (et quitte à se faire une petite escale au paradis, autant en profiter pour loger dans des conditions confortables, conditions auxquelles le White Sand Beach Resort et ses bungalows sur la plage répond avec brio) et l'équipement de plongée vérifié et gréé, nous voici à bord du bateau de Top Dive à plein régime direction la passe de Tumakohua, loin, plus loin, vraiment plus loin : au sud.
Et c'est parti pour 1h30 de navigation le long de la fine bande de terre. La mer, loin d'être calme du fait des rafales de vent, rend la traversée plutôt agitée ; mais l'excitation fantasmée par l'idée de ce qui nous attend sur place, la rend très (ou en tous cas assez) supportable.
Une fois arrivés à ce qui nous semble être le bout du monde (il faut dire que cette partie de l'atoll n'est pas accessible par la route), nous accédons à la partie extérieure de la passe, après un petit tour de montagnes russes, au grès des vagues entrant de l’océan, pour nous immerger.
Classé au patrimoine mondial de l'Unesco dans la catégorie Biosphère marine, l’atoll de Fakarava abrite une faune sous-marine d'une incroyable richesse et surtout spectaculairement dense !
En effet, à peine entamée la descente dans le grand bleu de l’océan Pacifique, nous voici déjà encerclés de poissons
chirurgiens aux crêtes coupantes comme des bistouris (d'où leur nom) qui évoluent paisiblement en petits groupes.
Puis, portés par le courant entrant, c'est sans difficulté (mais avec un plaisir maximum) que nous volons au dessus du plateau de corail magnifiquement conservé,
riche en couleurs et en poissons de toutes tailles. Et à mesure que nous pénétrons dans la passe, des ombres se font plus précises : d'abord 1, puis 2, puis 5... 10... 50... 80 requins
viennent à notre rencontre. Il y en a tellement qu'il devient ensuite impossible de les compter !
Et à la faveur d'une cavité corallienne, nous nous mettons à l'abri du courant
pour apprécier le
Avant de s'immerger pour la deuxième plongée - à peu près aussi magique - nous profitons de notre présence dans ce coin reculé pour visiter quelques vestiges de l'ancienne capitale, Tétamanu, en particulier une petite chapelle toute colorée reconstruite en corail, laquelle avait été détruite par un tsunami quelques années auparavant (en 1906...). L'intérieur est étonnant : au dessus d'un autel tout en navre, des banderoles colorées égayent le long du mur et des guirlandes de coquillages pendent du plafond aux murs.
Et si l'aller semblait un peu mouvementé, le retour est beaucoup plus "rock-n-roll" ! Le vent souffle désormais en violentes rafales, la pluie, qui a pris la place aux petites gouttes, gifle le visage et la mer dessine de véritables montagnes russes (les loopings en moins). Les nombreux à-coups font que j'ai l'impression que mes vertèbres lombaires ont sympathisé avec mes cervicales !
Un dicton populaire dit qu'"après la pluie vient le beau temps" et effectivement (c'est dingue comme ces vieux dictons sont toujours vérifiables !) : après une journée à dominante gris, le lendemain le soleil réussi quelques percées et les paysages de l'atoll (comprenez donc les bords de mer) gagnent en éclats et en couleurs : le vert des cocotiers se mélange au blanc du sable corallien et se reflète dans le camaïeu de bleu du lagon (tiens, j'ai découvert une nouvelle couleur de bleu : le bleu transparent !).
C'est dans ces conditions difficiles qu'après les plongées, nous nous retrouvons avec les autres plongeurs pour apprécier (encore plus) les pinas coladas ou les Hinanos ("et" pas "ou", en réalité) en bord du lagon, bercés par la douce mélopée des alizés qui caressent les feuilles luisantes des palmiers, en harmonie avec le va-et-vient lancinant des vagues.
Et surtout se régaler de poisson cru à la tahitienne, de poisson perroquet grillé ou encore de poisson à la vanille que proposés au snack Teanuanua - dit aussi "Chez Cécile" (puisque tenu par Cécile et Enoha) - les pieds dans le sable face au lagon, ou encore chez Joachim qui tient la pension Havaiki (qui propose aussi de visiter sa ferme perlière), deux adresses aussi sympas que gourmandes et conviviales.
Et qui dit passe Sud, dit aussi passe Nord (bon, on pourrait dire aussi Est et Ouest, mais non pas là…)!
Si la passe de Garuae, est plus facilement accessible, elle n'en est pas moins féerique et les plongées riches en poissons en tous genres et toutes tailles, en sensations (surtout quand on vol dans les canyons de corail) : guidés par Serge et Karine, du club Fakarava Diving Center , (un couple helvète ayant quitté les alpages de leur Suisse natale pour un tour du monde en voilier, avant de jeter l’ancre à "Faka" pour une durée indéterminée) nous commençons par "voler" en compagnies de requins dans la première partie de la passe :
puis continuons de nous émerveiller par le spectacle offert par une majestueuse raie Manta, avant de terminer dans une sorte de bassin – à l’abris du courant - où des millions (ou en tous cas des milliers) de poissons de toutes sortes (des napoléons, perroquets, chirurgiens, des bar-ra-cudas, carrangues...) qui constituent le trésor d'une sorte de caverne d'Ali baba sous-marine (oui, c'est le surnom du lieu).
Et le gros problème, c'est que les plongées ne durent que 60 minutes !
Mais sur ce petit coin retranché de la polynésie, il n’y a pas que les fonds sous-marins qui sont beaux.
La découverte de l'île, ou en tous cas de ses parties accessibles, n'est pas dénuée d'intérêt. Et la location d'un vélo offre une occasion privilégiée de flâner le long de l’unique route, à l'ombre des cocotiers, palmiers et autres frangipaniers (appelés ici les tipaniers), dont les fleurs hélicoïdales ajoutent un peu de blanc et de jaune aux bosquets multicolores et agrémentent la balade de touches parfumées en se mélangeant délicieusement aux fleurs de tiaré (en 3 mots : ça sent bon !).

La route est parfaitement entretenue. En tous cas dans sa première portion, c'est-à-dire celle qui mène du centre du village à la maison de l'ancien président (qui s’en va et qui revient) de Polynésie, Gaston Flosse. En effet, ce dernier y possède une maison et l’a faite refaire spécialement pour la visite de son ami Jacques Chirac. Lequel n’est en fait jamais venu (et pourtant il l'a attendu, attendu... zai zai zai zai...), alors qu’il l’avait promis (mais bon, les promesses de Chirac, ses électeurs diront qu’elles n’engagent que ceux qui y croient).
Le vélo est vraiment le moyen de déplacement idéal ici et permet de s’adapter au rythme local, de sentir les odeurs fleuries de l’île auxquelles se mêle la douce brise de la vitesse, de distinguer les teintes bleues du lagon entre 2 jardins multicolores, de voir les jeux de soleils entre les palmes des arbres, de se faire doubler par les minibus locaux, d’entendre les saluts souriants des habitants quand on les croise et de prendre le temps d’y répondre, de s'arrêter le temps d'apprécier une démonstration de tamuré, danse typique pratiquée par les vahinés couvertes de parures de fleurs dont le déhanché hypnotique accompagne le rythme frénétique des hommes aux tambours…
Et parce qu'on se fait une meilleure idée en vidéo, voici quelques exemples :
- Le tamure en robe (mouais, c'est joli...) :
- Le tamure en jupe (ah ah, c'est mieux... enfin, je dis ça, je dis
rien...) :
- Et pour finir, le tamure-hypnotik (gnaaaaa....... ça mérite de tourner en boucle...) :
Et comme points remarquables de l’île on pourra noter le petit village (oui, très petit, donc inutile de dire calme...) de Rotoava, la nouvelle capitale, au nord est, le platier corallien sur lequel viennent se casser les puissantes vagues du Pacifique et ses deux phares en forme de pyramide maya.
Pourquoi 2 phares ? Tout simplement parce que le premier, construit par les premiers habitants de l'île, s'est rapidement vu dépassé par les cocotiers environnants. Il a donc fallu en construire un autre ! (et oui...)
Et avant de rempiler pour les 20h de vol (plus les escales) qui signent le retour en métropole, je refais une petite escale à Papeete pour me ré-habituer avec la vie en ville, les voitures, les feux rouges, les embouteillages, les centres commerciaux, les Mc Do... avec cette petite différence, c'est qu'ici, il fait encore beau et toujours chaud et que les gens sont souriants et aimables dans la rue !
Petit hasard de la vie : j'ai retrouvé un instructeur de plongée (Raphaël Peyras, pour ne pas le citer) avec qui j'avais plongé 2 ans auparavant à Rangiroa. Incroyable, non ?
« Mais comment, non sérieusement, comment as-tu fait pour le retrouver » me demanderez-vous ? Bon, même si votre curiosité ne vous pousse pas à me poser la question, je ne résiste pas à vous la raconter (je vais faire court) : il se trouve que, sur le vol Los Angeles –> Papeete deux semaines auparavant, une des hôtesses de la classe où je me trouvais (qui a dit Business ? même pas, c’était la First… Arf) ne m'étais pas inconnue... Non pas que je fréquente régulièrement les sites de rencontre d'hôtesses célibataires, mais il se trouve que 2 ans auparavant, elle était en congé sabbatique et travaillait avec son ami (Raphaël, donc) au Raie Manta Club à Rangiroa, où justement j'étais ! Dingue comme le hasard peut être étonnant...
(vous voyez, c’était court)
J'ai donc replongé avec eux à Tahiti, sur la faille d'Arue, et ainsi pu accéder au club très sélect des 60-60 : descendu jusqu'à 60m (le maximum de la plongée à l'air) lors d'une plongée de 60 minutes, ce qui offre de super sensations, avec une mention toute particulière à la petite narcose qui, dès les 45 mètres, donne l'impression d'être bourré sous l'eau (du coup, on trouve tous les poissons rigolos !, mais, contrairement à un groupe de plongeurs venus sur le site la veille, nous n'avons pas vu de requins tigre.
Quoiqu'il en soit, quel bonheur de faire de longues et belles plongées en toute sécurité et en se marrant (et pas que sous l'eau)... Pour une fois qu'on ne remonte pas avec plus de 50 bars dans la bouteille !
(Si tu lis ce blog : Merci Raphaël, t'es un des meilleurs instructeurs ! Non, je ne vais pas dire le
meilleur, sinon tu vas prendre la grosse tête...)
Remis de ces émotions et afin de prendre un peu de hauteur, après un petit tour au marché de Papeete au milieu des touristes et des femmes en paréo-une-fleur-de-tiaré-accrochée-à-l’oreille (le marché, lieu idéal pour quelques achats souvenirs entre étals de viande,
de poissons de fruits et légume : chapeau en feuille de bananiers, monoi, pareos, bijoux fantaisie, tatouage, objets traditionnels…), j'ai fait l'ascension du mont Aorai à Tahiti
(enfin, presque puisque je me suis arrêté au premier refuge, à 1600m quand même) :
Le mont Aorai est un des 3 sommets de l'île de Tahiti Nui qui culmine à 2066 mètres.
La route en lacets dessert un grand parking derrière le restaurant " Le Belvédère" qui offre, du haut de ses 600 mètres, une très belle
vue sur la vallée et surtout offre l'occasion de prendre un petit verre au retour (ben oui, quand même...).
Le sentier est bien entretenu grâce à la présence du Centre d'Instruction Militaire, visible au départ de la randonnée. D'ailleurs il n'est pas rare de se faire doubler par les militaires en exercice, ce qui est un chouilla énervant (d'autant plus qu'ils sont beaucoup plus chargés que moi...) !
D'après le Lonely Planet, il faut "prévoir 4h30 de marche à un rythme soutenu".
C'est donc d'un pas léger que nous nous lançons à l'assaut du mont.
La randonnée débute assez facilement, avec des chemins larges et peu abrupts. Et déjà la vue est spectaculaire, que ce soit à flanc de montagne, ou sur des petites arêtes, nous évoluons dans un décor digne du Seigneur des Anneaux : roche volcanique, chemins recouverts d'une épaisse végétation et de fougères arborescentes, avant de devenir plus rare et de laisser place aux sapins qui caressent la brume des sommets.
Ce qui est enthousiasmant (au début en tous cas), c'est que la randonnée alterne dès le début entre portions "agréables" (à flanc de montagne, sous l'épaisse végétation, avec une vue sur les enchainements volcaniques) et certaines beaucoup plus raides, tellement raides d'ailleurs qu'il faut s'aider d'une corde pour grimper.
Et plus on prend de la hauteur, plus la vue du haut l'île devient magnifique : les abruptes montagnes vertes semblent se jeter dans le Pacifique, alors que les rayons du soleil percent en rideau la couche nuageuse.
Le silence magistral de la montagne est parfois interrompu par une interjection -ou deux- de randonneurs, dont les pieds malhabitués dérapent sous les petits cailloux humides (et oui, j'ai pas mal participé à rompre le silence à cause de ces putains de cailloux à la con qui glissent !), dont l'écho des montagnes "redit ce chant mélodieux"...
Accessible après 2 heures de marche, le premier refuge (le "Fare Mato") est situé sur un promontoir rocheux, entre sapins et fougères.
Il s'agit d'une petite cabane en bois, avec electricité, lits et toilettes et à côté de laquelle une énorme citerne collecte les eaux de pluie .
Toujours d'après le "Lonely Planet", je cite, deux-points-ouvrez-les-guillemets : "les personnes sujettes au vertige s'arrêteront au premier refuge".
Effectivement, après le premier refuge, la randonnée devient particulièrement vertigineuse !
Ainsi par endroits, nous évoluons sur une crête de moins d'un mètre de large (parfois avec une vue dégagées, parfois dans la brume... c'est encore plus rigolo), avec le vide à droite et le vide à gauche...
D'autant qu'on a entamé le trekk en début d'après midi et que "le sommet est noyé dans les nuages dès 11h" (et ben ça a pas loupé).
(si si, c'est bien le chemin et il va falloir faire demi tour, et la feuille tient dans la main...)
Et franchement : c'est pas cool d'avoir le vertige ! (et mer***, je viens de découvrir que j'ai le vertige!)
Surtout quand on n'a pas l'habitude de randonner... Surtout quand on n'y voit plus rien... Et surtout quand on imagine que le vide est de part et d'autre du chemin et qu'on ne voit même pas le dénivelé !
Mais bon, c'est pas tout, l'heure tourne et il va falloir rentrer...
(oui, on trouve les excuses que l'on peut pour faire demi-tour et revenir à la voiture !)
Tant pis, je n'aurais donc pas vu le rocher du diable, ni le passage à flanc de crête où il faut s'aggriper aux cables et cordes tellement c'est raide, et accéder à la crete dentelée en marche d'escaliers - parait il très étroite - et dont la vue "dont on jouit au sommet récompense au centuple tous les efforts, avec les autres sommets de l'ile, Moorea en toile de fond et et Papeete au nord".
Une prochaine fois peut être... quoique... "Ne relachez pas votre vigilance au retour : les blocs de pierre s'effritent". Mouais, j'irais faire une autre rando alors...
Et c'est au clair de lune, au restaurant de la marina de Punaaiuia (pour déguster un magnifique poisson grillé avec Pierre et Barbara, merci encore à vous pour l'hébergement-digne des meilleurs pensions) que se termine mon second séjour en Polynésie, avec comme conclusion : vivement que j'y retourne (vous me croyez si je vous dit que je ne veux pas rentrer???) !
Allez, "nana" et à bientôt pour de nouvelles aventures...
Rahhh, je veux pas rentrer ! (et si je restais, après tout il me reste encore les Marquises à visiter, Maupiti, Tikeau pour plonger, les Lavatubes à découvrir…)
23 octobre 2009